LE NDÖP : UNE DEMARCHE THERAPEUTIQUE AU SENEGAL

La célébrité de la cérémonie du ndöp hors du Sénégal doit certainement à l'intérêt qui lui a été porté par ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'École de Fann (Dakar), autour du psychiatre Henri Collomb, dans les années soixante. Médecin-chef du Service neuro-psychiatrique, Collomb a été attentif aux représentations de la maladie et aux procédures thérapeutiques des autochtones. Ceci a généré une grande quantité d'études et une collaboration dans les soins avec les ndöpkat, c'est à dire les officiants du ndöp.

La démarche thérapeutique du ndöp distingue sept phases.

1. La consultation et le diagnostic - Seet - Suur

Le seet (chercher - inspecter ) est un procédé divinatoire pouvant faire appel au rêve et/ou à la médiation d'objets comme des racines ou des cauris afin d'obtenir des informations. Il est intéressant de noter l'asymétrie d'avec les techniques de diagnostic des psychologues ; dans un cas c'est le ndöpkat qui interprète lui-même la configuration d'une situation, par exemple les dispositions de racines flottant dans un récipient, dans l'autre cas c'est au patient que l'on demande d'interpréter quelque chose, par exemple les tâches du Rorschach.- Ce diagnostic peut éventuellement conduire à ne pas reconnaître les agents pathogènes attendus pour le ndöp.


2. Le commencement - Saj

Il a lieu le samedi soir ou le mardi soir. Comme l'explique Vezzoli, il s'agit de préparer la malade après avoir demandé la permission aux plus grands Tuur. Cette phase peut elle-même être décrite en trois moments. Aux quatre points cardinaux, l'officiant crache en le pulvérisant du lait caillé sur la personne. C'est le Buusu. Ensuite les tam-tams reprennent et avec le chant du raay, l'officiant caresse (traduction littérale de raay) le corps vers le bas pour faire descendre le rab. Enfin la danse reprend avec éventuellement le bak du rab, si celui-ci est déjà connu.

Le même auteur décrit ainsi son vécu de ce moment.
"..Peu à peu le bruit s'enfle ; les battements des mains, le mouvement des corps qui se balancent, vaguement éclairés par une lumière vacillante, s'unissent au rythme assourdissant des tam-tams. On se laisse facilement gagner par un état particulier où tout semble lointain, irréel, comme inaccessible et proche à la fois.." .

Les participants se dispersent ensuite dans la nuit et se retrouveront le lendemain pour la phase suivante.

3. Les mesures - Natt. La nomination du rab. Waccé

Le rab est censé quitter toutes les parties du corps qui sont mesurées. Pour Zempléni il s'agit de "prendre les composantes de la personnes, morceler l'unité de celle-ci pour la mettre sous contrôle et la manipuler ensuite." Le nom du rab peut être révélé par la malade elle-même dans un état second à n'importe quel moment de la cérémonie et souvent suite à un rêve, une danse, une transe etc. Vezzoli note que la participation de la malade est ici nécessaire et cela, en opposition d'avec la phase précédente où l'attitude attendue était plutôt celle de la soumission.

4. L'ensevelissement symbolique - Bukuto

La malade s'étend sur l'animal de sacrifice, ligoté et étendu sur le coté droit et tous les deux sont recouverts de pagnes de couleurs. C'est l'inhumation symbolique. Le point essentiel de ce moment est de faire en sorte que le rab descende et soit transféré sur l'animal. La malade bondissant hors des tissus exprime sa renaissance et sa libération. Elle s'engage désormais à suivre le culte.

5. Le sacrifice - Rey

Par le sacrifice, l'animal se charge de la maladie. Il est important que la malade vive, corps contre corps, les derniers soubresauts de l'animal. Ce moment concrétise aussi l'alliance et l'échange avec le rab qui seront matérialisés dans la construction de l'autel.

6. La construction de l'autel domestique - Samp

Elle obéit elle aussi à des règles et des actes précis. Sa raison d'être essentielle est de fixer le rab dans une fondation, où il sera reconnu et accessible aux échanges. On dépose dans des trous (xhamb) des racines, des parties de l'animal du sacrifice, du lait, du sang et sur cette fondation, des récipients représentant différentes parties de la "maison" du rab. pendant ces opérations, d'autres mesures sont faites ainsi que des prières.

7. Les séances publiques de danse et de possession.

Dernière phase de la cérémonie, les danses et possessions publiques manifestent le retour dans la communauté. Il est important de signaler que les aspects "désordonnés" de ces manifestations ne sont qu'apparents. Bien au contraire, la plupart des comportements et des conduites obéissent à des normes nécessitant de longs apprentissages.

Ces phases se déroulent sur plusieurs jours, voire parfois plusieurs mois si l'on y inclut les rencontres initiales et la phase de consultation et de diagnostic.

Cette description n'est pas absolue et des variantes sont observables.

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